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Préfaces de Hergé

 
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T. Paparanic
Domestique du château
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MessagePosté le: Dim 29 Sep - 18:01 (2013)    Sujet du message: Préfaces de Hergé Répondre en citant

 
Je poursuis sur le thème des préfaces de Hergé.

En 1971 sort en album la Guerre des Mondes de H.G. Wells, illustrée par Edgar P. Jacobs en 1946, au tout début du Journal Tintin, avec une préface de Hergé.  L'album est republié en 1986.



Un extrait de la préface, ou plutôt une adaptation, est publiée en 1971, à l'occasion du début de la pré-publication des 3 formules du Pr Sato, dans le journal Tintin. Disponible sur Bellier.com



La préface elle même n'est pas disponible sur Internet (je crois...) sauf sur un site de vente :



En voici la transcription, plus lisible :


Préface pour « La Guerre des Mondes », illustrée par Edgar P. Jacobs. 
Non, je ne présenterai pas Edgar Jacobs… Non, je ne présenterai pas Edgar Jacobs. A ce refus obstiné, deux raisons. D’abord parce que c’est un classique ! On ne présente pas un classique, on le salue !... Ensuite parce que le temps est passé – je le crois, je l’espère – où on devait presque s’excuser de parler de la Bande Dessinées ou de ses auteurs.

Qu’est-ce qu’elle était, il n’y a pas si longtemps pour bien des gens « sérieux » ? Une simple amusette destinée aux moutards. A entendre les moins indulgents, que produisaient ses auteurs ? une espèce de sous-littérature pour primaires, sinon pour arriérés mentaux.

Ce temps du dédain semble révolu. Les gens « sérieux » reconnaissent eux-mêmes, aujourd’hui, dans la Bande Dessinée, un langage nouveau, un moyen d’expression autonome. Langage qui, assurément, doit beaucoup au cinéma (le découpage, les plans, etc.) mais qui n’est pas du cinéma ; qui doit aussi beaucoup à la littérature (c’est du roman d’aventures en dessins) mais qui n’est pas de la littérature.  

 En affirmant qu’Edgar Pierre Jacobs est un grand créateur, je n’apprendrai rien aux initiés : sauf peut-être, justement, que le P. d’Edgar-P. Jacobs est l’initiale de Pierre, et non de Paul comme certains initiés le croient parfois.

Du Secret de l’Espadon à l’Affaire du Collier en passant par l’admirable Marque Jaune, la saga jacobsienne aligne une série d’œuvres fortes, solidement charpentées, au dessin clair, lisible, net précis. Ces patientes et subtiles recherches d’atmosphère, surtout au moyen de la couleur, cette langue personnelle, ce style rigoureux, tout cela révèle la « patte » d’un maître.

Cette « patte » marquait déjà les illustrations de La Guerre des Mondes à présent rééditée pour notre joie. Créées pour l’hebdomadaire Tintin (qui  venait de voir le jour, en septembre 1946) et traitées uniquement en noir et blanc, elles me paraissent rendre parfaitement le climat d’abord angoissé, puis de panique, dans lequel baigne le roman d’H. G. Wells. Par le pouvoir de son réalisme fascinant. Edgar Jacobs provoque le même frisson que celui qui parcourait toute l’Amérique, le soir d’une mémorable émission d’Orson Welles. Car c’est un rapprochement qu’on peut faire entre des artistes qui sont à la fois des visionnaires et des techniciens chez qui rien n’est laissé au hasard. 

Il faut avoir vu le dessinateur Jacobs en plein action pour se rendre compte de l’application infinie qu’il apporte à ses travaux. Ce n’est pas la minutie du fignoleur, mais le soin quasi religieux de l’officiant. C’est une question de foi, de conviction profonde : notre Jacobs croit à ce qu’il fait, il vit intérieurement l’histoire qu’il raconte, il est Mortimer, il est Blake, il est même Olrik, pour qui sa secrète admiration ne saurait rester un secret.

Il faut l’avoir vu, crayon en main, mimer une action devant son grand miroir, en épiant une expression de son visage, un mouvement de son corps. Il faut l’avoir vu – jamais satisfait – corriger dix fois le même trait. Il faut l’avoir vu, coloriste, sucer méditativement la pointe d’un pinceau avant de se décider à poser enfin une petite touche de rouge indien mélangée à un soupçon d’ocre jaune… Mais il faut aussi l’avoir entendu, quelques jours plus tard, gémir, tempêter, sacrer contre « l’imprimerie » qui, de cette alchimie savante, n’a laissé subsister qu’une touche de rouge indien pur.

Il faut avoir travaillé avec lui, comme je l’ai fait, pour savoir avec quelle méticulosité chaque dessin, chaque texte est réfléchi, repoli, perfectionné ; pour bien voir que chaque planche est conçue comme un ensemble où découpages, textes, dessins et couleurs forment un tout indivisible.

Obtenir une impression globale de vérité par l’accumulation de détails vrais : c’est la récolte de ces détails qui a toujours fait voyager Jacobs. Combien de fois s’est-il lancé sur les pistes du décor de son futur récit, photographiant à objectif-que-veux-tu, multipliant notes et croquis, vérifiant sur place un élément d’architecture, la topographie d’un lieu, interrogeant médecins, météorologues, égyptologues... j’en passe et des meilleurologues !

Cet esprit cultivé reste dévoré par la soif de lire. Pourtant ce sont les auteurs de sa jeunesse (Dickens, Kipling, Conan Doyle) qui, je pense, l’ont marqué à jamais. Et la musique figure aussi parmi son bagage. Entre amis, pour rire, on l’appelle « le dessinateur à voix ». Du baryton d’opéra qu’il fut avant de trouver une autre…voie, il a gardé le ton qu’il porte, l’allure conquérante, la présence et les dons de comédien. Il faut l’avoir vu et entendu conter avec un grand faste de gestes, une mimique irrésistible, ses propres aventures. Mais celles-là, il ne les invente pas. Ce sont le plus souvent des mésaventures. Qu’il soit le premier à en rire et à en faire rire les autres, prouve qu’Edgar Jacobs possède, en plus de tout, ce qui est plus que tout : le sens de l’humour. Cela me fait penser que j’oubliais un nom parmi ses écrivains favoris : Jerome K. Jerome.

Ceux qui ne connaissent le père de Blake et de Mortimer que comme auteur sont déjà d’heureux mortels. Comment qualifier la chance d’un mortel qui, comme moi, l’a pratiqué en supplément et durant tant d’années au titre de collaborateur et surtout au titre d’ami ? Si pareille faveur n’est pas donnée à tout un chacun, en revanche s’offre à vous tous, lecteurs avides, la Guerre des Mondes du magistral illustrateur Jacobs. Vous allez donc voir, ou revoir, ces premières images qui, à l’instant où… Je n’achève pas ma phrase. Car il est certes, permis de terminer par une sorte de « suspense » la préface écrite pour un prince du « suspense », lequel prince n’avait (comme je le disais en commençant) aucun besoin d’être préfacé…

 Hergé

1971
________________________
Thémistocle Paparanic
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bachibouzouk (29/09/13), Indy_Yan (04/11/14)
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MessagePosté le: Dim 29 Sep - 18:01 (2013)    Sujet du message: Publicité

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